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  • : Le blog de MOSER CHRISTINE
  • Le blog de MOSER CHRISTINE
  • : J'ai l'intention de consacrer ce blog à deux de mes passions, la littérature et l'écriture. La première est facile à assouvir, la seconde s'entretient chaque jour. J'ai envie de parler de mes travaux d'écriture en tout genre : des récits et biographies écrits sur commande, des piges pour la presse, des lettres publicitaires, ou encore des histoires illustrées pour enfants. Les projets sont également nombreux...
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Nouvelle parue dans le magazine MAXI n° 1092



François regagne le parking de l'aéroport en sifflotant gaiement. On est vendredi et l'avion qui emporte son épouse Juliette vers la capitale vient de décoller. Cette dernière se rend à un congrès de dentistes pour le week-end, ainsi il a le champ libre jusqu'à dimanche soir.  Pas pour « profiter » de sa liberté, comme on pourrait le croire, à prime abord.  Au contraire, il a l'intention de rompre avec Léa. Cette dernière est sa maîtresse depuis six mois. C'est certes fort agréable, mais mener une double vie est décidement trop compliqué. En premier lieu, malgré son faux pas, François demeure amoureux de sa femme. Ensuite, Léa est une chouette fille méritant mieux que des miettes d'affection et de temps volé. Enfin, lui-même est de plus en plus mal à l'aise dans son costume de tricheur. Il n'a pas les épaules taillées pour, voilà tout. Là, coincé au milieu des embouteillages, il tente de justifier son infidélité. Rien de plus simple : la personnalité de léa a juste apporté le piment nécessaire à son existence trop bien huilée. Car, de la personnalité, elle n'en manque pas ! Elle est aussi fleur bleue que  susceptible ; elle a autant de charme que de répondant, elle est hyper féminine, tout en étant ceinture noire de karaté. Autant dire qu'il vaut mieux éviter de lui marcher sur les pieds...
Le problème : sa femme a également du caractère ! Et si elle découvrait le pot aux roses, ce serait le drame assuré. Juliette n'est pas du style à fermer les yeux, ou à pardonner ce genre de frasques. Coincé entre deux adorables furies, François aspire maintenant à une chose, en l'occurence se dégager du pétrin dans lequel il s'est fourré. Alors, c'est décidé ! A la fin du week-end, il aura réintégré sa peau de mari fidèle. En attendant, l'absence de Juliette tombe à pic, car il a besoin d'avoir une certaine marge afin d' agir de façon intelligente. Il faut, en effet, y aller sur la pointe des pieds ; il n'a pas du tout envie de se frotter à la colère de Léa, qui chérit un rêve bien féminin. En effet, son amant quittera un jour sa femme, tel est l' espoir qu'elle couve, même si François s'est gardé de cette promesse !
Afin d'arrondir les angles au maximum, il va tenter de rompre avec Léa en douceur. Samedi, au cours d'un dîner en tête à tête, par exemple ; en fin stratège, il a déjà peaufiné sa scène de rupture. Pourtant, quelques heures après le dîner, le constat est évident : le sénario a capoté. Pourquoi les amants sont-ils couchés côté à côte ? Et dans le lit conjugal, par-dessus le marché, un crime que François n'aurait jamais pu imaginer... Seulement, face au bonheur manifesté par Léa au cours de la soirée, il a perdu tous ses moyens. Envolé son beau discours et, surtout, son courage. Il n'a pas davantage eu le cran de la renvoyer dormir chez elle. A présent, dans le noir, il s'en mord les doigts. Léa doit s'imaginer que leur relation a franchi un cap. Demain matin, je rectifierai le tir, se promet François avant de sombrer dans un sommeil agité. Il se sent d'humeur grincheuse au réveil. "C'est sûr, tu n'es pas du matin", se moque gentiment Léa. Au fur et à mesure que les heures passent, la nervosité de François s'intensifie. Quand elle atteint son paroxysme, c'est le coup de théâtre. Ou, plutôt, le coup de téléphone. Juliette est au bout du fil. Bien que la liaison soit parasitée par une flopée de grésillements, son mari perçoit l'essentiel : à cause du mauvais temps aucun avion ne décollera de Paris. La conversation est rapidement interrompue. Un problème de réseau ou de batterie, peut-être. Quand il raccroche, François éprouve une sensation de soulagement. Juliette restera ici ce soir. Et si c'était là un signe du destin ? Si cela voulait dire que léa doit faire partie de ma vie encore un peu ?, se demande-t-il. Oh ! Il maintient sa décision. Il cessera tôt ou tard de se comporter en homme volage, toutefois pas aujourd'hui. Bien sûr, Léa se réjouit de son entrain retrouvé.
Soudain, en plein coeur de la nuit, un bruit indéfinissable tire François de son sommeil. Il se redresse en sursaut. Un cambrioleur ? Il se souvient tout à coup que, grisé par la présence de Léa, il a oublié de brancher l'alarme. Tiens, la place à côté de lui est vide. Léa ! Evidemment, l'explication est simple : elle a eu soif, est allée dans la cuisine, a heurté un truc. François descend s'en assurer. Dans le hall d'entrée faiblement éclairé, il se retrouve effectivement nez à nez avec Léa. Son visage affiche une drôle d'expression ; on jurerait qu'elle a croisé un fantôme. Pâle, les yeux agrandis par l'inconpréhension, elle pointe un doigt vers un portrait posé sur la commode du vestibule. François ne comprend rien et surtout, ignore quoi faire. Léa serait-elle somnambule ? Ce serait, dans ce cas, dangereux de la réveiller...
"C'est... C'est ton épouse ", bredouille-t-elle en continuant de montrer le portrait d'une jolie brunette. Inexplicablement, le ton de sa voix n'est pas celui d'une question. C'est celui d'une affirmation. François comprend de moins en moins. Il bredouille : "Mais oui, je te l'ai déjà montré cette photo. Tu as fait un mauvais rêve. Viens, retournons nous coucher..." Léa ne bouge pas. Elle a l'air hypnotisé. Elle laisse tomber, mécaniquement :
— Je l'ai tuée, je crois...
François hausse carrément les épaules :
— Enfin, Léa ! Tu délires complètement. Juliette ne sait rien à propos de nous deux. Et si elle me soupçonnait de la tromper, ça ne la tuerait pas. Moi, par contre, je risquerais gros...
Une sorte de râle l'interrompt. Eberlué, François réalise qu'il provient de sous le fameux portrait. Horreur ! Sa femme gît sur le sol.
— Ce n'est pas ma faute, se défend Léa d'une voix blanche. J'avais soif, je suis descendue et j'ai vu une silhouette pénétrer dans la maison. J'ai cru avoir affaire à un cambrioleur, je lui ai donc fait une prise de karaté. Malheureusement, j'y suis allée un peu fort...
Du coup, c'est à François de pâlir. Juliette, ici ? C'est impossible ! Il doit être en train de cauchemarder. D'une certaine manière, oui. En fait, la conversation téléphonique entre les deux époux a été coupée à un instant crucial. "Chéri, je rentrerai comme prévu ce soir. En train. Inutile de ma chercher à la gare. Il sera tard. Je prendrai un taxi jusqu'à la maison."

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