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  • : Le blog de MOSER CHRISTINE
  • Le blog de MOSER CHRISTINE
  • : J'ai l'intention de consacrer ce blog à deux de mes passions, la littérature et l'écriture. La première est facile à assouvir, la seconde s'entretient chaque jour. J'ai envie de parler de mes travaux d'écriture en tout genre : des récits et biographies écrits sur commande, des piges pour la presse, des lettres publicitaires, ou encore des histoires illustrées pour enfants. Les projets sont également nombreux...
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Nouvelle parue dans le magazine MAXI n°915





Thomas tremblait de tout son corps. Il avait froid. Surtout, il était perdu. Malgré ses 9 ans, il était à deux doigts de
fondre en larmes. "Tant pis, si j'ai l'air d'un bébé", capitula-t-il. Pour se moquer de lui, il aurait d'abord fallu que quelqu'un assiste à sa détresse ! Hélas, il était seul à arpenter cette interminable forêt qui devait fourmiller de mille pièges. Il leva machinalement les yeux et remarqua un ciel bas, où des nuages gris s'amoncelaient à une vitesse vertigineuse. En plus, on était au début du mois de mars, la nuit vous tombait vite dessus. Thomas se sentait de plus en plus inquiet...
"Brrr..." Un sorte de roulement de tambour éclata au lointain; un grondement de tonnerre ! Le gamin se mit à trembler de plus belle; il avait une peur bleue de l'orage. Combien de fois avait-il entendu qu'il fallait absolument s'éloigner des arbres ? Toutefois, ce lieu était si fortement boisé qu'il était impossible de les éviter. Il se retint de hurler qu'il refusait de mourir terrassé par la foudre. Probablement dans le but de pimenter l'aventure, le vent décida d'être lui aussi de la partie : il habillait les feuilles d'un bruissement lugubre et ses bourrasques capricieuses achevèrent de glacer le jeune garçon. Le souffle coupé, le corps penché en avant afin de mieux lutter contre les rafales, il broyait du noir. Pourquoi avait-il refusé de suivre les conseils de sa mère ? " Thomas, voyons, couvre-toi davantage ! mets au moins un imperméable : il fait frais à la campagne." Comme souvent, le jeune garçon s'était entêté; maintenant, il en payait l'addition. A côté de cela, d'autres paroles lui martelaient sournoisement la cervelle : "Ne t'éloigne pas trop, Thomas, tu risques de te perdre !"
Effectivement ! A perte de vue, aussi loin que portait son regard, la végétation s'étendait, opaque. Jusqu'ici le vert dominait, mais avec la baisse sensible de la lumière, il faisait peu à peu place à des nuances de brun. Ce changement visuel oppressait Thomas. Il se sentit subitement pris de vertige, une  boule se formait au creux de son estomac. Arrivée à maturation, elle l'atteignit tel un coup de poignard. Dans peu de temps, il ferait noir comme dans un four... Il avait l'impression de marcher depuis des lustres. Pire, certains endroits lui semblaient familiers. Etait-il déjà passé par là ? Les choses se ressemblaient tellement ! Le petit garçon ne savait plus s'il fallait prendre à gauche, à droite, ou s'il était préférable d'avancer droit devant.
Ploc ! La première goutte échoua sur la joue de Thomas. D'autres suivirent à un rythme de plus en plus soutenu. Rapidement, une pluie diluvienne le trempa, rendant le sol boueux. Assez vite, Thomas pataugea davantage qu'il n'avança, si bien qu'il laissa libre cours à sa panique : " On ne me retrouvera jamais..." En même temps, une terrible image, jusqu'ici soigneusement refoulée, explosa dans un coin de son crâne. " Et si je me retrouvais nez à nez avec un de ces tarés qui s'attaquent aux enfants ?" D'ailleurs, au début de son errance, il avait croisé un homme; celui-ci lui avait proposé son aide : "Tu es perdu, petit ? Si tu veux, faisons un bout de chemin ensemble..." En guise de réponse, Thomas avait battu en retraite : on l'avait  mis en garde contre les étrangers accostant les jeunes ! A vrai dire, les épais sourcils foncés de l'homme, son grand nez penchant vers la droite, ses lèvres minces et son regard insistant lui avaient fichu la trouille ! Mais maintenant, l'enfant était si fatigué qu'il regrettait presque de s'être débarrasé de l'inconnu...
La pénombre s'était installée. Thomas nageait en plein cauchemar. Il avait pourtant volontairement échappé à la surveillance de sa famille, notamment pour prouver à son père qu'il était capable de se débrouiller. Il en avait marre d'entendre des récriminations du genre : "Ce môme n'est pas dégourdi !"
Thomas s'accorda une minute de répit, laissant ses yeux s'habituer à l'obscurité. Il allait reprendre sa marche quand il pila net. Du bruit ! Il avait entendu du bruit ! Ce n'était pas le fruit de son imagination, le vent et la pluie n'y étaient pour rien eux non plus. Un animal ? A la limite, si seulement c'était le cas... Mais, le doute n'était pas permis, il s'agissait de pas humains. Ils se dirigeaient carrément dans sa direction. Ils étaient si lourds ! Avant de prendre ses jambes à son cou, Thomas regarda furtivement par-dessus son épaule. Qui le poursuivait ? Le type de tout à l'heure, avec sa bouche aussi droite qu'un trait tiré à la règle. Thomas essaya de courir. Cependant, la pluie le ralentissait, lui donnant la sensation de faire du surplace, comme dans un mauvais rêve. Les pas étaient là, à présent. Dans son affolement, Thomas se heurtait aux arbres. Il trébucha dans une flaque de boue, s'étala de tout son long...
On le releva, tandis que la lumière d'une lampe électrique l'éblouissait. Une poignée de secondes après, il rencontra ce regard déjà croisé, abrité sous d'épais sourcils broussailleux. D'horreur, ses cheveux se dressèrent sur sa tête. Voilà, c'est fini... pensa-t-il. Il se contorsionna, en vain, car l'énorme main le tenait fermement par le col de son pull. Son agresseur lui ordonna d'arrêter de gigoter : " Tiens-toi donc tranquille ! J'ai eu raison de t'avoir à l'oeil, hein ?"
Alors, Thomas aperçut ses parents. Non, il ne rêvait pas. C'était terminé ! En tremblant, il songea à la publicité qu'il avait vue sur la route, avant d'arriver ici : "Vivez l'inoubliable ! Visitez le plus grand labyrinthe végétal de France." Tout sauf mensonger, ce slogan...

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