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  • : Le blog de MOSER CHRISTINE
  • Le blog de MOSER CHRISTINE
  • : J'ai l'intention de consacrer ce blog à deux de mes passions, la littérature et l'écriture. La première est facile à assouvir, la seconde s'entretient chaque jour. J'ai envie de parler de mes travaux d'écriture en tout genre : des récits et biographies écrits sur commande, des piges pour la presse, des lettres publicitaires, ou encore des histoires illustrées pour enfants. Les projets sont également nombreux...
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Nouvelle parue dans le magazine MAXI n° 1117



Julie ferme les yeux. Très fort. Elle s'agrippe à sa ceinture de sécurité comme à une bouée de sauvetage. Bientôt, elle le sent, elle ne pourra plus endiguer sa panique. Avec peine, elle s'efforce de relever les paupières pour couler un regard vers Boris. Au passage, malgré la vitesse vertigineuse, elle entrevoit une coulée de boue encore fraîche sur le côté, ainsi qu'un pan de rocher en équilibre, plus haut sur la droite, qui semble vouloir s'écrouler. Boris fixe la route devant lui ; sa concentration extrême est palpable, malgré ça ses mains sont maîtres du volant. A priori, il ne partage pas les craintes de sa passagère. Au contraire, il a l'air heureux d'un homme grisé par sa passion. Julie, elle, est juste persuadée qu'ils vont finir dans le décor. Peut-être à cause du cabriolet de sport qui file à toute allure. Elle ignore à quelle vitesse... Beaucoup trop élevée en tout cas, si l'on tient compte des virages successifs qu'ils empruntent. En pleine montagne, il faut le préciser. La jeune femme a du mal à se l'avouer ; pourtant, elle a peur de mourir. Voilà la vérite !
Dire que, ce matin, elle s'est réveillée en croyant être la fille la plus chanceuse de la terre ! La veille, Boris, son collègue dont elle est secrètement amoureuse, lui a en effet proposé une balade en voiture. En tête à tête. "On va bien s'amuser", a-t-il assuré avec un sourire plein de promesses. Bien sûr, elle a imméditement accepté, en essayant toutefois de ne pas trop montrer sa joie. N'empêche, elle s'est senti pousser des ailes. Boris lui avait tapé dansl'oeil dès le premier jour, à  l'instar des autres filles de la boîte. Toutes folles de lui... Elles lui trouvent un charme fou avec son blouson en cuir qu'il porte comme personne. Ses bottes noires, c'est la classe. Ses cheveux gominés ne sont pas sans rapeller un certain Elvis Presley, quand il était au sommet de sa gloire.
La mère de Julie est probablement la seule femme que Boris laisse indifférente. Elle a eu l'occasion de le saluer en allant chercher sa fille au travail. "Il est craquant, n'est-ce-pas maman ?" C'était davantage une affirmation qu'une question. " Tout dépend des goûts, ma chérie. Le blouson en cuir fait parfois cet effet. Par contre, si mon avis t'interesse, ce type a oublié de grandir, ça se voit. Et qui sait s'il s'y résoudra un jour. Si tu t'accroches à lui, tu risques d'avoir de mauvaises surprises..."
La mère de Julie est du style classique, en plus d'avoir le jugement hâtif. Sa fille n'a donc pas pris sa remarque pour argent comptant. Mais, assise à côté d'un Boris si épanoui au volant de son bolide, Julie commence à se demander si maman n'avait pas raison, si elle n'a pas accordé sa confiance à Boris un peu légèrement, si elle n'a pas eu tort de le suivre sans se méfier. La véritable personnalité du garçon lui saute soudain aux yeux, des yeux qu'elle s'efforce de garder ouverts. C'est en fait un bel égoïste, un gamin attardé qui se désinteresse totalement de Julie et de sa terreur. Seul son plaisir lui importe. Il pourrait tenter de la rassurer, lui dire que l'aventure finira bien. Quel goujat ! Il consacre toute son attention à la route sinueuse. Julie est hors d'elle.
" Stop ! Ça suffit, je veux immédiatement descendre de cette voiture. J'en ai assez de la balade. C'est trop dangereux. Tu m'écoutes, Boris ?"
Le conducteur lui rétorque qu'il est impossible de s'arrêter maintenant, au milieu de nulle part. Ils sont obligés de continuer leur chemin, c'est-à-dire descendre la montagne. Il lui conseille de profiter du paysage. Profiter du paysage ? La pauvre Julie en est bien incapable ! La voiture épouse les lacets de la route de façon hallucinante ; puis apparaît un virage en épingle à cheveux. Il faut ralentir ! Julie a hurlé. Comme pour la narguer, la voiture ralentit à peine. Ses roues passent à deux millimètres d'un amas de pierres ; le résultat d'un récent éboulement. Le crissement des freins écorche les oreilles de Julie, dont la frayeur décuple. Ce coup de frein en plein virage l'a déportée vers le côté conducteur, où Boris, après un mouvement de surprise, retrouve vite ses esprits. Ils viennent pourtant de frôler la catastrophe ! Julie, par-dessus le marché, est prise de nausées. Alors elle craque. Les montagnes lui renvoient ses hurlements en écho. Ils ne vont pas s'en tirer, Julie en est sûre, car là, c'est un lac qui semble foncer sur eux. Ou s'agit-il de l'inverse? La jeune femme, qui a eu peur d'échouer au fond d'un ravin, redoute à présent de finir dans une eau glacée. Elle regrette tant d'avoir suivi Boris dans son délire ! Elle s'accroche à son bras en le suppliant à nouveau de faire quelque chose. Ô miracle ! Son voeu est tout à coup exaucé. La brutalité de l'arrêt les projette à plusieurs reprises en avant, puis en arrière. Ils sont indemnes, malgré le choc. Boris daigne enfin s'occuper de sa passagère. Il s'inquiète de sa pâleur, la libère de sa ceinture. Julie est si secouée que son compagnon est obligé de l'aider à sortir de la voiture. Ses jambes la soutiennent difficilement. Le jeune homme l'emmène s'asseoir près du fameux lac où ils ont manqué atterrir. Alors que Julie retrouve peu à peu ses esprits et son souffle, il hasarde :
"Alors, il t'a plu ce petit tour ?"
Il ne manque pas d'air, celui-là ! Tu parles d'un "petit tour" ! C'était horrible. Elle a éprouvé la peur de sa vie ! Quand Boris lui avait proposé une promenade, Julie pensait à une sortie romantique... Pas à une virée de malade !
Le garçon semble déçu. Il pensait séduire Julie aujourd'hui. Son projet paraît compromis. Les femmes sont d'un compliqué ! Elles prétendent sans cesse vouloir briser la routine, pimenter leur vie, mais, le moment venu, elles ne sont pas prêtes. Dommage ! En tout cas, Boris, il l'a trouvée du tonnerre, cette nouvelle attraction foraine !

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